2 ans après, les actions japonaises à nouveau mûres pour une pause ?

Intelligence artificielle, semi-conducteurs, réformes de gouvernance, secteur bancaire et faiblesse du yen : découvrez, graphiques à l'appui, les principaux moteurs de cette renaissance.
Partager
Voir la version PDF
Fuji sous les érables d’automne

Après une pause qui a duré de mars 2024 (cf actualité en graphiques mars 2024) à l’été 2025, le marché actions japonais est reparti de l’avant, surfant sur la montée en puissance de la thématique IA. Depuis son redémarrage, la hausse a été impressionnante :

Note : bien que l’indice le plus connu au Japon soit le Nikkei 225, l’indice le plus représentatif est le Topix. En effet le Nikkei est un indice pondéré par les prix (donc l’entreprise qui a un prix par action élevé est favorisé, comme dans le Dow Jones, ce qui a peu de sens économiquement) alors que le Topix est pondéré par les capitalisations.

Le marché japonais : une renaissance portée par l’IA, l’industrie et les réformes de gouvernance

Après plusieurs décennies de sous-performance relative, le marché actions japonais connaît un retour remarqué sur le devant de la scène. Le Topix a inscrit de nouveaux records historiques depuis 2024. Cette dynamique ne repose pas sur une accélération spectaculaire de la croissance domestique japonaise mais sur la convergence de plusieurs facteurs structurels : le boom mondial de l’intelligence artificielle, la puissance industrielle du Japon, la faiblesse du yen et une profonde transformation de la gouvernance des entreprises.

Les semi-conducteurs, premier moteur du rebond japonais

La thématique qui a le plus contribué à la hausse du Topix au cours des 12 derniers mois est sans conteste celle des semi-conducteurs. Alors que les investisseurs se concentrent souvent sur les fabricants américains de puces ou sur les grands acteurs de l’intelligence artificielle, le Japon occupe une position stratégique au sein de la chaîne de valeur mondiale des semi-conducteurs.

Le pays est en effet un fournisseur incontournable d’équipements de production, de machines de test et de matériaux spécialisés. Des sociétés comme Tokyo Electron, Advantest, Lasertec ou encore Disco se sont imposées comme des acteurs essentiels du développement des infrastructures nécessaires à l’intelligence artificielle.

L’explosion des investissements des géants technologiques dans les centres de données et les capacités de calcul a directement bénéficié à ces entreprises japonaises. 20-25 % du Topix est représenté par des sociétés directement ou indirectement exposées aux semi-conducteurs et à l’IA (Advantest, Tokyo Electron, Kioxia, TDK, Ibiden, Shin-Etsu).

Les banques profitent du changement de régime monétaire

Le secteur financier représente 17 % du Topix. Les 3 plus grosses banques représentent à elles seules près de 9 % de l’indice. Le secteur financier est ainsi redevenu un contributeur significatif à la performance du marché japonais, apportant une diversification bienvenue par rapport à la seule thématique technologique.

Pendant près de vingt ans, les banques japonaises ont évolué dans un environnement marqué par des taux d’intérêt extrêmement faibles, voire négatifs, pesant fortement sur leur rentabilité.

Le changement de politique monétaire engagé progressivement par la Banque du Japon a modifié cette situation.
La remontée des rendements et l’abandon progressif des mesures les plus accommodantes ont permis aux grandes banques du pays, telles que Mitsubishi UFJ Financial Group, Sumitomo Mitsui Financial Group et Mizuho Financial Group, d’améliorer leurs perspectives bénéficiaires.

L’excellence industrielle japonaise retrouve sa place

Au-delà des semi-conducteurs, le Japon reste l’un des leaders mondiaux de l’automatisation industrielle, de la robotique et des équipements de précision. Cette spécialisation constitue un atout majeur dans un environnement marqué par la réindustrialisation des économies occidentales et les besoins croissants d’automatisation.

Des groupes comme Keyence, Fanuc, Yaskawa ou Hitachi occupent des positions de premier plan dans leurs secteurs respectifs. Les besoins d’optimisation de la productivité, les pénuries de main-d’œuvre observées dans de nombreux pays et le développement de nouvelles infrastructures technologiques soutiennent durablement la demande pour leurs solutions.

Cette exposition industrielle constitue le 3ème moteur de l’économie nippone, moteur qui avec les entreprises liées à l’IA expose en particulier le Topix aux investissements mondiaux.

Le rôle clé du yen et des grands exportateurs

La faiblesse persistante du yen constitue un soutien majeur pour les actions japonaises. En tant que grande nation
exportatrice, le Japon bénéficie directement d’une devise peu valorisée, qui améliore la compétitivité de ses
entreprises sur les marchés internationaux.

Les groupes automobiles comme Toyota, Honda ou encore les grands groupes industriels et électroniques tels que Sony ont vu leurs profits soutenus par la conversion en yens de revenus générés à l’étranger. Cette dynamique a contribué à renforcer l’attractivité du marché japonais auprès des investisseurs internationaux.

La trajectoire future du yen demeure donc un élément central dans l’analyse des perspectives du marché. Tant que la Banque du Japon maintiendra une approche prudente dans la normalisation de sa politique monétaire, cet avantage compétitif devrait perdurer.

La gouvernance : le changement le plus important à long terme

Si les semi-conducteurs et le secteur financier expliquent une grande partie de la performance récente, l’évolution la plus structurante est probablement celle de la gouvernance d’entreprise.

Pendant longtemps, les sociétés japonaises ont été critiquées pour leurs faibles rendements du capital, leurs importantes réserves de trésorerie et leur attention limitée portée aux intérêts des actionnaires. Depuis plusieurs années, les autorités de marché encouragent les entreprises à améliorer leur rentabilité, à optimiser leur structure financière et à renforcer la rémunération des actionnaires.

Les programmes de rachat d’actions se multiplient, les dividendes progressent et les participations croisées historiques diminuent progressivement. Cette évolution contribue à réduire la décote structurelle qui caractérisait autrefois le marché japonais.

Conclusion

La forte progression du marché japonais depuis un an reflète certes une transformation profonde du capitalisme du pays mais a largement bénéficié du contexte international ainsi que de la faiblesse du yen. Les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle ont constitué un moteur de performance alimenté par des prévisions d’investissements aujourd’hui particulièrement agressives, tandis que le secteur financier a bénéficié d’une nette hausse de taux qui pourrait se calmer.

Les niveaux de valorisation de l’indice sont maintenant élevés et les points positifs que nous venons de mentionner ont potentiellement épuisé une grande partie de leur potentiel.

 

Nous sommes donc plus réservés sur la zone pour les mois à venir.

Dans la même thématique : Économie et marches financiers

Drapeau français sur un dôme parisien

Dette publique française : trajectoire, charge et perspectives à l’horizon 2031

Entre hausse des taux, charge d’intérêts alourdie et déficits persistants, les marges de manœuvre de l’État se réduisent. Nous analysons la soutenabilité de la dette en trois scénarios.
Portrait corporate dans un bureau moderne en bokeh

Pourquoi les marchés continuent-ils de progresser malgré les inquiétudes ?

Malgré les tensions géopolitiques, la remontée des taux d’intérêt et les incertitudes liées à l’IA, les marchés actions continuent de faire preuve d'une remarquable résistance.
Portrait d’équipe dans un bureau moderne

Quelles perspectives d’investissement pour le second semestre 2026 ?

Revivez notre webconférence de rentrée, durant laquelle nos experts ont partagé leur vision de l’environnement actuel, des marchés financiers et présenté leurs perspectives d’investissement.
Voir tout