Des marchés solides face à des risques grandissants

Après un mois d’août relativement calme en apparence, les marchés financiers évoluent dans un environnement de plus en plus incertain.
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Le contexte marché

Heureusement que les entreprises mondiales sont étonnantes de résistance, ce qui a permis aux marchés de traverser le mois d’août dans un semblant de calme. Les S&P 500, Euro Stoxx 50 et marchés émergents ont ainsi respectivement progressé de 2,5%, 1,8% et 3,1%.

La saison de publication des résultats du 1er semestre s’est achevée sur de belles révisions haussières, nettement plus élevées qu’en moyenne historique. Finalement, les bénéfices en Europe sont attendus en progression de 16% en 2026 et de 35% aux Etats-Unis. Non seulement les chiffres d’affaires sont en croissance plus élevée qu’attendu, mais les marges continuent de progresser malgré l’inflation.

Soulignons malgré tout que le calme des marchés actions au mois d’août n’était qu’apparent. Les rotations entre secteurs ont continué de faire des victimes : les valeurs bénéficiant de l’essor de l’intelligence artificielle sont demeurées sous-performantes ce mois-ci. Les semi-conducteurs par exemple ne parviennent toujours pas à remonter après la chute de 21% de l’indice Sox en juillet. Les fournisseurs d’électricité ont également baissé. En revanche les sociétés considérées comme les perdants de l’Intelligence artificielle, typiquement les éditeurs de logiciels, ont poursuivi leur rebond : Sap +15% après déjà +17% en juillet, Salesforce aux Etats-Unis +12% après +17% en juillet.

Performance relative de l’indice Sox des semi-conducteurs contre le secteur des éditeurs de logiciels

Sources : Bloomberg, Mandarine Gestion – 27.08.2026

Alors que la situation au Moyen-Orient parait aujourd’hui clairement enlisée, le stress augmente en cette fin de mois sur de nombreux sujets :

Les prix du pétrole, et surtout de ses dérivés, le diesel notamment, demeurent élevés. Les craintes d’inflation restent donc bien présentes, tirant les taux d’intérêt à la hausse.

Le sujet des taux est selon nous le grand risque des prochaines semaines. Aux Etats-Unis, la dette a atteint 40 000 Md  contre 30 000 Md de dollars il y a seulement cinq ans. Avec un déficit budgétaire encore attendu à 6%, le stress monte sur les charges d’intérêt, poussant le secrétaire au trésor Scott Bessent à tenter de rassurer le marché, pour l’instant sans succès. Les investisseurs commencent également à réaliser que le Président de la FED, Kevin Warsh, semble travailler main dans la main avec le gouvernement, mettant à mal la première impression d’indépendance. Cela pèse sur le dollar, revenu à 1,17 pour un euro.

En Europe, la tension est également palpable. La BCE devrait monter les taux directeurs en septembre. Les taux grimpent dans tous les pays mais en particulier en France alors qu’approchent l’improbable vote du budget et les élections présidentielles.

La hausse continue des taux d’intérêt freine nettement la hausse des marchés obligataires. L’investment grade européen ne progresse que de 0,5% depuis le début d’année, le haut rendement de 2%.

Nos perspectives

Bien que la valorisation des marchés soit de moins en moins élevée, les bénéfices progressant plus rapidement que les prix, les perspectives paraissent à risque.

Soulignons que malgré tous les vents contraires, les économies aussi bien européennes qu’américaines résistent très bien. Les indicateurs de surprise économique sont au plus haut en Europe : le PIB français a cru de 0,2% au 2ème trimestre et de 0,3% en Allemagne. Les indicateurs avancés demeurent également bien orientés.

Indice de surprise économique en Europe et aux Etats-Unis

Sources : Bofa, Bloomberg, Mandarine Gestion – 27.08.2026

Un règlement plus ou moins bancal de la crise iranienne serait un soulagement, faisant sans doute retomber le pétrole sous les 80 USD. Il ferait baisser la pression sur les Etats, les entreprises et les consommateurs.

Dans ce contexte étonnamment solide, l’augmentation de stress provient des prochaines échéances politiques en France et aux Etats-Unis.

Les déséquilibres budgétaires français ainsi que le risque politique des partis extrêmes pourraient peser sur l’Europe.

Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat devraient favoriser les démocrates, qui remporteraient la Chambre des Représentants et potentiellement le Sénat. Le courant démocrate avec le vent en poupe est très à gauche comme le montre la victoire d’Abdul el-Sayed dans le Michigan en août. Ce courant est clairement négatif pour les marchés (déficits budgétaires, plus social que pro business etc). Donald Trump tentera sans doute tout ce qui est en son pouvoir pour revenir dans les sondages, ce qui pourrait soutenir les marchés jusqu’à l’échéance du novembre prochain.

Alors que les marchés sont encore en hausse de 12% aux US et en Europe, la multiplication des risques, géopolitiques, politiques et financiers nous pousse à être plus prudents, en particulier sur la France.

Comment expliquer le rebond ces dernières semaines de l’or et du bitcoin ?

Ces deux actifs ne génèrent pas de revenus donc la hausse des taux d’intérêt aurait pu leur être défavorable. En réalité ils bénéficient du « debasement » du dollar US.

Les risques que nous soulignions en début d’année reviennent sur le devant de la scène : Kevin Warsh, Président de la FED, a répété à plusieurs reprises ces dernières semaines qu’il travaillait en relation étroite avec le gouvernement, faisant craindre à nouveau la perte d’indépendance de la FED.

Le risque est que la FED devienne un outil de financement du déficit budgétaire par émission de monnaie. A cela s’ajoutent les craintes grandissantes autour de l’endettement et du déficit US. La charge de la dette devrait atteindre 4% du PIB dès 2029.

US : charges d’intérêt en % du PIB

Sources : Bloomberg, Mandarine Gestion – 27.08.2026

Ajoutez à cela le risque des élections de mi-mandat (victoire des Démocrates, réaction de Donald Trump). La réaction logique des investisseurs internationaux est de diversifier leur base d’actifs et de « monnaies », au détriment du dollar, qui recommence donc à baisser.

Pour conclure

La situation actuelle est inconfortable. Les marchés ont été sauvés au 1er semestre par la résistance des économies et les résultats d’entreprises, mais le potentiel de bonnes surprises parait entamé.

Les risques quant à eux se multiplient. Une accalmie du pétrole serait une bonne nouvelle à tous points de vue : inflation, résultats d’entreprises, pouvoir d’achat etc. Il n’est cependant pas évident que cela suffirait à calmer les craintes sur l’endettement et le budget des Etats en attendant les échéances électorales.

Nous avons donc retiré du risque actions des portefeuilles en attendant d’y voir plus clair.

Nous vous remercions pour votre attention et vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un nouveau point marchés.

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