Le contexte marché
L’accord de paix signé le 17 juin entre les Etats-Unis et l’Iran a du plomb dans l’aile. Depuis 2 semaines la guerre a repris, provoquant un rebond du pétrole passé de 71 à 90 dollars le baril en 10 jours.
Pourtant le cessez le feu signé avait en apparence tout pour plaire aux Iraniens : arrêt des frappes militaires, arrêt du blocus US, déblocage de fonds gelés, assouplissement des sanctions sur le pétrole, 300 MdUSD en dédommagements. Les sujets les plus sensibles (influence régionale, contrôle d’Ormuz, avenir complet du programme nucléaire) avaient été étaient renvoyées à de futures négociations.
C’est précisément autour du détroit d’Ormuz que les divergences sont réapparues. Les États-Unis estimaient que l’accord garantissait une navigation libre et internationale. L’Iran considérait que son rôle prépondérant dans le détroit était reconnu et que la gestion du détroit, et des péages éventuels, lui revenait avec Oman.
Aux mêmes maux, les mêmes conséquences.
Corrélation entre les taux d’intérêt et le prix du pétrole depuis le début de la crise

Le rebond du pétrole ravive le risque inflationniste et remet les banques centrales sous pression, provoquant un rebond des taux d’intérêts. Dans l’absolu, un pétrole à 90 USD n’est pas nécessairement synonyme de récession, mais il accroit le risque de mauvaises surprises.
Au niveau micro, les entreprises mondiales ont commencé à publier leurs résultats du 2ème trimestre. Jusqu’à présent, les nouvelles sont bonnes. La croissance des bénéfices aux Etats-Unis est toujours en phase de révisions haussières, ce qui soutient les marchés. En Europe, les premières données sont également rassurantes et positives pour les actions.
Au 20 juillet, le S&P 500 gagne encore 9%, le Nasdaq 10%, et l’Euro Stoxx 50 8%. Le CAC 40 et le Dax allemand ferment la marche à seulement +2%.
Performance relative du secteur des semi-conducteurs vs le S&P 500

A noter que ces dernières semaines, les grands gagnants de l’année, les semi-conducteurs, ont fortement corrigé, l’indice sectoriel, le Sox, perdant 20% depuis mi-juin. Les secteurs en retard ont au contraire bénéficié d’un repositionnement des investisseurs.
Les marchés obligataires, quant à eux, continuent de souffrir du risque inflationniste. La remontée des tensions au Moyen-Orient a provoqué un rebond des taux d’intérêt et une nouvelle correction de la classe d’actifs. En 2026, les obligations Investment grade et à haut rendement n’ont progressé que de 0,5% et 1,8%. C’est moins que le rendement de leurs coupons toutes choses égales par ailleurs.
Nos perspectives
Bien que les fondamentaux économiques résistent toujours très bien, la visibilité ne s’améliore pas. L’inflation a progressé en Europe et aux Etats-Unis mais sans déraper et les signes de propagation en dehors des secteurs à forte intensité énergétique sont peu nombreux. De manière rassurante, elle a également montré une forte réactivité à la baisse lors de la chute du pétrole en mai-juin.
Si les tensions perdurent, les banques centrales pourraient monter les taux d’intérêt directeurs en septembre prochain. Nous estimons cependant que ce mouvement pourrait s’inverser en 2027. Dans ce scénario les marchés obligataires resteraient sans doute lourds au cours des prochains mois avant d’accélérer en 2027.
Pour le moment les investisseurs réagissent avec un certain sang-froid, sans envisager un scénario extrême de récession, aidés en cela par les bons résultats d’entreprises, qui nous l’avons répété sont in fine la véritable boussole des marchés actions. Les multiples de marché des deux côtés de l’Atlantique sont légèrement supérieurs aux moyennes historiques mais en baisse depuis le début d’année.
Le PER 12 mois du S&P 500 et de l’EuroStoxx

Le PER du S&P 500 est même repassé sous 20x alors que l’Euro Stoxx est à 15x. Ces éléments sont plutôt positifs dans le contexte actuel.
Les rotations sectorielles que nous envisagions le mois dernier se sont concrétisées, favorisant la surperformance de l’Europe, qui a rattrapé son retard sur les Etats-Unis. Depuis fin mai l’Euro Stoxx a ainsi progressé de 2% pendant que le S&P 500 perdait 2%. Nous estimons toujours qu’une accalmie dans le détroit d’Ormuz favoriserait à court terme la poursuite de ce mouvement en améliorant surtout la visibilité sur la croissance européenne.
En dehors des cours du pétrole et de leurs conséquences, y a-t-il actuellement d’autres éléments qui influent sur votre stratégie d’investissement ?
Les cours du pétrole et l’inflation sont comme vous l’avez bien compris un élément crucial dans le choix des classes d’actifs, des géographies et des secteurs à privilégier. Dans les mois à venir, deux évènements viendront cependant ajouter du bruit à partir de septembre : les élections de mi-mandat aux US et les élections présidentielles en France.
Donné perdant, Donald Trump vient à nouveau de répéter qu’il contesterait les résultats des premières, arguant des soi-disant manipulations de la Chine pour fausser les résultats. Difficile de prédire quel sera l’impact sur les marchés mais un affaiblissement du dollar paraitrait logique.
L’approche d’un potentiel 2ème tour entre extrêmes en France serait une mauvaise nouvelle pour les marchés européens et un handicap de plus pour le CAC 40 : malgré les turbulences électorales probables aux US, la performance relative européenne pourrait s’en ressentir à partir du dernier trimestre.
Dernier élément de risque : les taux d’intérêt des Etats. En France par exemple le taux à 10 ans est au plus haut depuis 2009, date à laquelle la dette représentait 80% du PIB contre 116% aujourd’hui. Pour le moment il n’y a pas de stress de refinancement mais c’est un point de vigilance.
Pour conclure
Comme les mois précédents, les marchés sont sauvés par les bons résultats des entreprises. Sans nouveau cessez-le-feu rapide, le risque commence à paraitre cependant plus élevé que ces derniers mois alors que des problématiques électorales viendront se superposer aux conflits en cours. Le pétrole a certes rebondi récemment mais n’est encore qu’à 90 USD le baril. Un retour au-dessus de 100 USD dégraderait à nouveau les scénarii de croissance.
De manière rassurante, les publications de résultats des entreprises au 2ème trimestre s’annoncent bonnes, ce qui soutiendra les marchés actions. Le marché obligataire profite toujours de rendements élevés mais les tensions sur les taux d’intérêts sont un handicap à court terme.





